Occupy — Réplique

Radical est celui qui analyse les choses à la racine. Radical est aussi celui qui refuse toute image symbolique, tout pathos projeté en une image cathartique. Quand bien même on lui demandera explicitement de produire une sequence video de 45 secondes, injonction ou non, l’auteur préfèrera les longs discours aux images.

La séquence vidéo, qu’il sera mal aisé de voir ici, car fonctionnant à cause d’une avarice outrancière d’image trouve comme point de départ le flash crash boursier du 6 mai 2010 où à 14h30, et en l’espace de 10 minute, le New York Stock Exchange à vu ses cours brutalement s’effondrer puis remonter nonchalamment vers leurs niveaux initial après de longues secondes d’angoisse… Cet évènement anecdotique fut donc une manne afin de faire fructifier une réflexion tentaculaire.

Tout d’abord, un peu de morale économique..

Le non-sens de cet effondrement est difficile à comprendre d’un point de vue raisonnable et humain, car il fut engendré par des machines et autre algorithme de trading haut fréquence. Pendant ces quelques minutes, une infinité de micro-opération agréssivent furent exécuté avec zèle et «logique» par des serveurs de calcul en conséquence d’une première et unique erreur : la vente en masse sur un marché instable d’une somme prodigieuse d’action dites E-Mini.

Il est intéressant de s’interroger sur l’éthique et la rigeur avec lequel un ordinateur se propose d’accomplir une tâche pour lequel il est programmé, même si cela revient à produire des conséquences économiques mortifères dans une communauté. En soi, si la cupidité et l’instinct bestial de compétition permettent d’expliquer à merveille ce pourquoi un individu à presser le fameux bouton rouge, autant, cela est bien plus compliqué à envisager lorsque l’on songe qu’une haute technologie, avenir de l’Humanité, froide architecture de silicium, garante d’une imparable objectivité, puissent imposer les fruits de sa logique dans le réel. De plus, la seconde interrogation qui se fait jour alors concerne la capacité de chacun à percevoir et comprendre un marché boursier, où les volumes d’information échangé en micro-seconde sont si grand, qu’aucun Homme ne saurait interagir en temps réel avec le marché, pas plus qu’en une dizaine de minutes.

Cause, Abyme & Conséquence

Cette séquence video de 45 secondes entreprend donc de questionner et mettre en perspective cet évènement précis que nous nommerons Cause, avec l’évenement alors encore à venir que nous nommerons conséquence. De Cause à Conséquence, nous passerons sans jamais découvrir le moment ou tout à basculer. Tant dans le domaine des transactions boursières à haute fréquences, où il s’effectue chaque secondes des millions d’opération, que dans une apréhension sociale de nos sociétés, composé d’une multitude de micro-événement, il demeure impossible, voir réducteur d’isoler un événement clé, emblématique d’un basculement. Un tel climax n’existe pas, il en existe des millions. Tout choix absolue ne serait sinon subjectif, que pure fiction. De plus, Il est impossible de mettre en image une dégringolade boursière, tant la valeur d’une action est basé sur des facteurs peu concrer, tant le volume de transaction échangé interdit toute synthése intelligible d’une situation à un moment donné.

La séquence est structurée ainsi : Un canon de plusieurs Monologue, énoncent avec une chatoyante éloquence mécanique les indices du NYSE quelques minutes avant le crash. Perçant le noir mutisme de l’image, elle font en definitive tendre cette séquence vers une médiatisation exclusivement sonore.Le flot monotone de l’information et l’accumulation superfétatoire des sources d’information a pour effet une saturation très rapide de l’entendement.

Quarante secondes. Le silence se fait. L’image apparaît.

Trois fois. Une bousculade. Une matraque. Un sit-in sur le pont de Brooklyn. Trois coups et le silence se fait.

Il s’opère un changement brutale des outils de médiation. La voix, se change en image et devient le seul repère. L’entre les deux : le néant, l’absence de l’instant décisif ou la chute s’est produit. Privé de point culminant, il nous faudra nous contenter sur une mise en images des conséquences de cet instant T. La encore, c’est sans compter sur la défiance iconoclaste de l’auteur…

Le poid des images dans un mouvement cinétique descendant

Le statut de cette dernière image est particulier. Opérant une OPA sur l’effet koulechov, cette image donne bien evidemmet une couleur, une finalité à une argumentation de 40 secondes incomprehensible. En ce sens, il convient d’avoir conscience de cette aporie en tant que spectateur. On remarquera néanmoins un indice favorisant une réflexion en ce sens. La dernière image, n’est pas image, elle est image d’une image, photographie d’une photographie. Projetée et confrontée à la réalité, aux aspérités de la matière, l’image n’entretient plus l’illusion d’une réalité derrière l’écran. Un fossé s’est formé entre le présent vécu par le spectateur et celui jadis vécu par les acteurs du Brooklyn Bridge, un présent vécu par l’auteur, photographiant une photographie.