Archipel

2016

L’archipel est une interface de travail collaboratif expérimental. Par la métaphore topographique, ce projet se propose d’interroger les processus d’élaboration, de partage et de diffusion de la connaissance. Plus modestement, cet outil est à envisager comme une opportunité de construire un média autonome et singulier.

Un archipel est un ensemble d’îles relativement proches les unes des autres. La proximité se double le plus souvent d’une origine géologique commune, en général volcanique. Cette notion est utilisée en géographie pour désigner un mode d’appropriation spécifique de l’espace entre des éléments isolés entretenant des liens importants et primordiaux.

Admettons un archipel…

Admettons un archipel isolé, cerné par une mer hors du temps, constitué d’une myriade de petits territoires à arpenter. Chacun de ces humbles monticules érigés en la surface des flots est un empire à soi seul. Multitudes distinctes aux richesses supposément infinies, ils demeurent chacun inertes, silencieux et clos. Admettons qu’un homme se retrouve, au grès des vents et du hasard échoué à l’orée de ces eldorados. Cet homme sera notre Robinson. Cet homme c’est vous. Effrayé tant qu’assoiffé par ces immensités nouvelles qui s’offrent à lui, notre homme arpente ce paysage hors du temps. De champ en champ, il franchit toute les lisières laissant apparaitre par sa simple pérégrination les spécificités, les affres et intensités du terrain. Il appréhende et donc met au jour un relief. Par le rythme de ses pas, par la succession d’instants de méditations, causé par un passage trop étroit ou une hauteur prodigieuses, notre Robinson lit le paysage, le compare. Il lui donne sens et le marque en conséquence.

Par un second heureux hasard, vous vous découvrez quelques dons divins. Il vous est alors possible de troquer l’agile petitesse de votre humanité pour la prééminence d’un point de vue éthéré. Hauteur parmi les hauteurs, vous découvrez que cet arpent de terres battu par les eaux n’est pas le seul environnant. En bon démiurge, vous admirez l’étendue de ces îles. Celles qui désormais vous semble séparées par quelques brasses vous apparaissaient il y a quelques minutes encore comme déchirées par mille étendues. Il est alors clair que l’ensemble de ces ersatz forme alors une forme cohérente bien que non homogène. Vous contemplez là la beauté de votre archipel. Malhabile, mais puissant, vous recomposez par le souffle la position de ces menus flottilles. Vous profitez de vos fantaisies topologiques pour d’une part agglomérer les îles par couleurs, étendue, préférence, pressentiment ou intérêt. Entre ces îles qui jusqu’alors s’étendaient à des miles à la ronde, vous bâtissez les ponts et des tunnels que votre Robinson pourra utiliser se jouant des distances. D’autre part, vous vous permettez de courber littéralement l’horizon afin d’établir des passages entre chaque île. Vous constatez, avec amusement bien que sans trop savoir pourquoi, que certaines îles distantes acceptent de confondre leurs points communs, créant alors des « raccourcis » entre ces territoires. La question de l’espace fluidifiée, il ne vous reste plus qu’à vous déplacer d’île en île glanant à chaque étape expérience et nourriture nouvelle. Ivre de tant d’aisance, vous opérez des allez-retour entre le regard du titan et celui de l’humain. Vous préméditez les prochains pas de votre déambulation au regard de ce que les territoires ont à vous offrir. Cette vue d’ensemble et une judicieuse utilisation de votre mémoire font votre intelligence.

Imaginez enfin que ce Robinson soit en réalité multiple, chacun arpentant suivant son intérêt et son expérience l’immensité d’un archipel à la faveur d’un bien commun. Imaginez que ces archipels soient multiples.

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